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Les cyberarnaques ciblent aujourd’hui les particuliers, les élèves, les étudiants, les parents, les enseignants, les commerçants, les entrepreneurs et les petites entreprises. Au Burkina Faso comme ailleurs en Afrique, le téléphone permet de communiquer et de vendre sur WhatsApp, Facebook ou TikTok, d’effectuer des opérations Mobile Money ou de consulter ses e-mails. Cette présence numérique facilite la vie quotidienne, mais elle expose aussi aux fraudes en ligne.
Le plus souvent, les cybercriminels ne s’attaquent pas d’abord à la technologie : ils manipulent l’humain. Ils exploitent la confiance, la peur, l’urgence, la curiosité, la honte ou l’espoir d’obtenir rapidement de l’argent, un emploi, une aide ou une opportunité. C’est ce qu’on appelle l’ingénierie sociale.
L’objectif de cet article est de vous aider à comprendre les pièges les plus fréquents, de reconnaître les signes d’alerte et d’adopter les bons réflexes pour réduire les risques liés aux cyberarnaques.
L’ingénierie sociale consiste à manipuler une personne pour l’amener à agir contre son intérêt : partager un code, donner un mot de passe, envoyer de l’argent, installer une application, ouvrir une pièce jointe ou cliquer sur un lien frauduleux.
Pour y parvenir, l’escroc cherche souvent à provoquer une réaction rapide : “c’est urgent”, “votre compte sera bloqué”, “vous avez gagné”, “ne dites rien à personne”, “il reste peu de places” ou “vous devez agir maintenant”. Le but est de vous faire agir avant que vous preniez le temps de vérifier.
À retenir
Lorsqu’un message provoque la peur, l’excitation ou l’urgence, ralentissez. C’est peut-être le signe d’une escroquerie. Votre meilleure défense est de vérifier avant d’agir.
Les cyberarnaques évoluent aussi avec le temps. Une arnaque qui circulait hier par SMS peut aujourd’hui passer par WhatsApp, Facebook, TikTok, une fausse application mobile ou un faux site plus convaincant. Les escrocs adaptent leurs méthodes à l’actualité, aux nouvelles technologies et aux habitudes des utilisateurs.
Le phishing, ou hameçonnage, consiste à se faire passer pour une organisation ou une personne de confiance : banque, opérateur de télécommunication, administration, réseau social, service client, entreprise ou proche. L’objectif est de vous pousser à ouvrir une pièce jointe, cliquer sur un lien ou saisir vos identifiants sur un faux site.
Même si on l’associe souvent à l’e-mail, le phishing peut aussi passer par SMS, WhatsApp, Facebook ou messagerie privée. Les attaques les plus convaincantes renvoient vers de faux sites qui imitent des services connus : banque, service de paiement, réseau social, messagerie e-mail, plateforme administrative ou boutique en ligne. Le but est de récupérer des données sensibles : mot de passe, code de vérification, numéro de compte ou accès à vos comptes.
Lors d’une arnaque de phishing (ou hameçonnage), les escrocs laissent souvent des signaux d’alerte. Examinez l’image suivante, puis dépliez chaque numéro en dessous pour apprendre à démasquer cette tentative de piratage.

Le smishing est une forme de phishing réalisée par SMS. L’escroc envoie un message court qui semble venir d’un service connu : banque, opérateur téléphonique, service Mobile Money, administration, livraison, plateforme de recrutement ou organisme d’aide.
Le message peut annoncer un faux gain, une fausse aide, un colis bloqué, une amende, une bourse, un recrutement ou une opération urgente sur votre compte. Il contient souvent un lien vers un faux site destiné à voler vos informations ou à vous pousser au paiement.

Bon réflexe
En cas de doute sur un SMS, ne répondez pas directement. Ouvrez vous-même l’application officielle ou contactez le service concerné par son numéro officiel.
Le vishing est une forme de phishing réalisée par appel téléphonique. L’escroc peut se faire passer pour un agent Mobile Money, un conseiller bancaire, un technicien, un responsable administratif, un supérieur hiérarchique ou un proche.
Il utilise souvent un scénario urgent : compte bloqué, opération suspecte, transfert erroné, problème de sécurité ou demande d’aide immédiate. Son objectif est de vous pousser à donner un code, confirmer des informations personnelles, effectuer un transfert ou rappeler un faux service client.
L’appel peut aussi accompagner un faux SMS, notamment dans les fraudes Mobile Money.
Bon réflexe
Si un appel vous demande un code, un transfert ou une action urgente, raccrochez calmement puis vérifiez par un canal officiel ou auprès de la personne concernée.
Le pretexting, ou faux prétexte, consiste à inventer une histoire crédible pour gagner votre confiance. L’escroc peut se présenter comme un recruteur, un agent administratif, un responsable d’association, un technicien, un collègue ou un membre d’une institution.
Il construit un scénario logique en apparence : finaliser un dossier, confirmer une candidature, vérifier une identité, résoudre un problème technique, rejoindre un programme d’aide ou valider une inscription. Pour être plus convaincant, il peut utiliser des informations trouvées sur les réseaux sociaux ou dans des groupes publics.

Pourquoi c’est suspect ?
Le message contient des fautes d’orthographe. Il utilise l’urgence, le nom d’une organisation crédible, une promesse d’emploi attractive et une demande de paiement vers un numéro privé. Un recrutement sérieux doit pouvoir être vérifié par les canaux officiels de l’organisation.
Le baiting repose sur un appât destiné à attirer la victime : gain facile, application gratuite, fichier utile, film gratuit, formation offerte, héritage, bonne affaire, bonus ou investissement exceptionnel.
Dans le contexte numérique actuel, cet appât prend souvent la forme d’une fausse application de gain, d’un fichier partagé dans un groupe WhatsApp, d’une offre “gratuite” qui cache un logiciel malveillant ou d’une promotion trop avantageuse.

Pourquoi c’est suspect ?
Le message utilise un cadeau attractif pour vous pousser à cliquer rapidement. Avant de croire à une promotion, vérifiez toujours l’information sur le site officiel, l’application officielle ou les canaux certifiés de l’institution.
Le scareware utilise la peur pour pousser la victime à agir rapidement. Il peut prendre la forme d’une fenêtre pop-up, d’un SMS, d’un e-mail, d’une notification dans le navigateur ou d’un faux message d’antivirus.
Le message prétend que votre téléphone est infecté, que votre compte sera bloqué, que vos données sont en danger ou que vous devez installer immédiatement un logiciel de sécurité. En réalité, le lien ou le logiciel proposé peut être frauduleux ou malveillant.

Bon réflexe
Ne cliquez pas sur le lien proposé et n’installez rien. Fermez les onglets suspects, mettez à jour le navigateur ou le système, puis redémarrez le téléphone.
La prise de contrôle de compte consiste à obtenir l’accès à un compte WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok, e-mail ou à une page professionnelle afin de l’utiliser à la place de son propriétaire.
Dans la plupart des cas, l’escroc ne force pas techniquement le compte. Il pousse plutôt la victime à lui donner l’accès : code de vérification transmis par erreur, faux lien de connexion, mot de passe volé, page frauduleuse ou compte mal protégé.
Ces techniques peuvent aussi servir à tromper les proches, les clients ou les abonnés de la victime.
Sur WhatsApp, le piège classique consiste à demander un code reçu par SMS. Ce code, parfois appelé OTP ou code de vérification, sert à prouver que vous êtes bien le propriétaire du compte WhatsApp associé à votre numéro.
L’escroc peut se faire passer pour un proche, un responsable religieux, un membre d’association, un collègue ou un administrateur de groupe. Il prétend vouloir vous inscrire dans un groupe, valider une invitation ou confirmer votre participation à une activité.
En réalité, le code reçu par SMS sert à activer votre compte WhatsApp sur un autre téléphone. Si vous le transmettez, l’escroc peut prendre le contrôle du compte, puis écrire à vos contacts en votre nom pour demander de l’argent.
Bon réflexe
Ne partagez jamais un code WhatsApp reçu par SMS, même avec un proche. Activez aussi la vérification en deux étapes de WhatsApp avec un code PIN que vous ne communiquez à personne.
Sur Facebook ou Instagram, notamment après la publication d’une annonce, un escroc peut vous cibler avec de faux messages se faisant passer pour le support officiel (comme « Meta Ads Support »). Jouant sur un faux sentiment d’urgence, il affirme que votre compte, votre page ou votre publicité viole les règles et risque d’être restreint ou supprimé. Pour éviter cette sanction, le message vous incite à cliquer rapidement sur un lien qui mène en réalité vers une fausse page de connexion. Si vous y saisissez vos identifiants, l’escroc peut récupérer l’accès et le contrôle de votre compte ou page professionnelle.
Pour vérifier qu’un message est légitime, ouvrez vous-même l’application officielle ou tapez l’adresse officielle dans le navigateur. Ne vérifiez jamais depuis le lien reçu.
Pour les commerçants, créateurs de contenus, administrateurs de pages ou petites entreprises, les conséquences peuvent être importantes : perte d’audience, arnaque des abonnés, atteinte à la réputation ou perte d’un outil de travail.
Bon réflexe
Activez la double authentification et configurez les moyens de récupération de votre compte depuis les paramètres officiels. De plus, vérifiez régulièrement les administrateurs de vos pages, les appareils connectés et les alertes de sécurité.
Sur TikTok, les risques viennent souvent de faux profils qui exploitent les espoirs et les réalités de notre quotidien. Vous y croiserez des vidéos promettant la « multiplication d’argent », des offres de visas miracles pour l’étranger, ou des concours pour gagner de faux cadeaux. L’objectif est souvent de vous attirer vers une discussion privée (sur WhatsApp ou Telegram) pour vous convaincre de payer de faux frais de dossier via votre téléphone.
L’e-mail est aussi un compte sensible. S’il est compromis, l’escroc peut parfois réinitialiser les mots de passe d’autres services liés : réseaux sociaux, boutiques en ligne, services professionnels ou comptes administratifs.
Bon réflexe
Protégez d’abord vos comptes les plus importants : e-mail principal, WhatsApp, Facebook, comptes professionnels et comptes de paiement. Utilisez des mots de passe forts, différents et activez la double authentification lorsque c’est possible.
Les fraudes au paiement mobile combinent souvent un faux SMS, un appel insistant et une pression psychologique pour pousser la victime à agir vite.
Un scénario fréquent est la fausse erreur de transfert. L’escroc affirme avoir envoyé de l’argent par erreur, puis demande un remboursement immédiat. Pour paraître crédible, il peut envoyer un faux SMS, une capture d’écran ou appeler en évoquant une urgence familiale, médicale ou professionnelle.
Les gérants de kiosques et de points de transfert peuvent aussi être ciblés. Un fraudeur annonce verbalement un montant élevé, alors que la notification reçue indique une somme plus faible. Il compte sur la fatigue, le bruit ou la précipitation pour obtenir de l’argent qu’il n’a pas réellement envoyé.

Signes d’alerte
Bon réflexe
Avant de rembourser une prétendue erreur de transfert, vérifiez vous-même le solde et l’historique depuis l’application officielle de l’opérateur. Ne vous fiez pas à une capture d’écran, à un SMS transféré ou à la pression d’un appel.
Ces arnaques circulent sur WhatsApp, Facebook, TikTok, par SMS, via des messageries privées ou de faux sites. Elles promettent des gains rapides : trading, cryptomonnaies, tâches rémunérées, clics payants, parrainage, investissement miracle ou revenus passifs. Pour pousser la victime à agir sans réfléchir, les escrocs jouent très souvent sur le sentiment d’urgence (« Plus que quelques places », « Offre limitée à aujourd’hui »).
Le piège commence parfois par un petit paiement réel versé à la victime pour gagner la confiance. Ensuite, elle doit investir davantage pour accéder à un niveau supérieur, débloquer ses gains ou obtenir de meilleures missions. En réalité, ces plateformes reposent souvent sur un système pyramidal (ou de Ponzi) voué à s’effondrer : l’argent des nouveaux inscrits sert à payer les premiers gains. Une fois l’argent envoyé, les escrocs disparaissent ou réclament encore plus.
Les fraudeurs utilisent aussi de faux témoignages, de fausses captures de gains et des messages de groupe pour donner l’impression que beaucoup de personnes gagnent réellement de l’argent.
Exemple — L’affaire 5M
5M était une plateforme de placement d’argent en ligne qui a fonctionné au Burkina Faso avant de fermer brusquement en août 2023. Cette affaire a beaucoup marqué les esprits, et plusieurs médias burkinabè ont rapporté que des souscripteurs de cette plateforme avaient publiquement dénoncé des pertes d’argent liées à des promesses de gains en ligne.
Ce type de situation rappelle une règle essentielle : il faut se méfier des plateformes qui promettent des revenus faciles, réguliers ou élevés sans risque clair. Même lorsqu’un système semble fonctionner au début, cela ne garantit pas qu’il soit fiable.
Un malware est un logiciel malveillant conçu pour voler des données, espionner un utilisateur ou nuire à un appareil. Sur Android, certains malwares circulent sous forme de fichiers APK installés hors des boutiques officielles.
Ces applications peuvent être présentées comme des outils de prêt, de streaming gratuit, de Mobile Money, de jeux, de gain d’argent ou de “sécurité”. Une fois installées, elles peuvent demander l’accès aux SMS, aux contacts, aux notifications, aux photos, au microphone ou à la localisation.
Le danger vient souvent du décalage entre ce que l’application promet et les autorisations qu’elle réclame. Une application de lampe torche, de vidéo, de gain ou de divertissement n’a normalement pas besoin d’accéder à vos SMS, à vos notifications ou à vos contacts.
Signes d’alerte
Bon réflexe
Téléchargez les applications depuis les boutiques officielles lorsque c’est possible. Vérifiez le nom de l’éditeur, les avis, le nombre de téléchargements et les autorisations demandées. Évitez d’installer un APK reçu par message, même s’il vient d’une connaissance.
La sextorsion est un chantage basé sur des images, vidéos ou conversations intimes. L’escroc crée un faux profil, gagne la confiance de la victime, puis menace de diffuser des contenus privés si elle ne paie pas.
La victime doit éviter de payer, conserver les preuves, bloquer le maître-chanteur après avoir sauvegardé les éléments utiles et demander de l’aide rapidement. Payer ne garantit pas l’arrêt du chantage ; au contraire, l’escroc peut réclamer encore plus d’argent.
Les deepfakes sont des images, voix ou vidéos manipulées, parfois avec l’intelligence artificielle. Ils peuvent faire croire qu’une personne a dit ou fait quelque chose de faux. De fausses captures, de faux audios ou de fausses vidéos peuvent aussi rendre une arnaque plus crédible.
La désinformation consiste à diffuser une information fausse, trompeuse ou sortie de son contexte pour influencer les réactions du public. Dans les cyberarnaques, elle peut prendre la forme d’un faux communiqué, d’une fausse capture d’écran, d’un faux audio, d’une fausse alerte de sécurité, d’un faux recrutement ou d’une fausse aide.
Bon réflexe
Avant de partager un audio, une vidéo ou une capture, vérifiez la source, la date, le contexte et cherchez une confirmation par un média fiable ou un canal officiel. En cas de chantage, ne restez pas seul : demandez de l’aide à une personne de confiance et conservez les preuves.
Voici les bons réflexes essentiels à adopter au quotidien :
Un lien peut afficher le nom d’une organisation sans être son site officiel. En cas de doute, n’utilisez pas le lien reçu : ouvrez vous-même l’application officielle ou recherchez le site depuis une source fiable.
Si vous pensez être victime d’une cyberarnaque, gardez votre calme. La panique peut vous pousser à agir trop vite et aggraver la situation.
Être victime d’une cyberarnaque ne signifie pas être naïf. Les escrocs utilisent des techniques de pression et de manipulation. L’essentiel est de réagir rapidement, de protéger ses comptes et de conserver les preuves.
Ne négociez pas longuement, ne cliquez plus sur ses liens et ne payez pas en cas de chantage. Avant de bloquer, conservez si possible les preuves utiles : messages, captures, numéros, liens, profils et reçus.
Changez rapidement les mots de passe des comptes concernés, déconnectez les sessions inconnues et activez la double authentification. Si votre compte WhatsApp, Facebook, Instagram, TikTok ou e-mail est compromis, prévenez vos proches par un autre canal.
Pour WhatsApp, essayez de réactiver votre compte sur votre propre téléphone, activez la vérification en deux étapes et informez vos contacts de ne pas répondre aux demandes d’argent envoyées depuis votre compte compromis.
Gardez les messages, captures d’écran, numéros, liens, profils, reçus de transaction, adresses e-mail et menaces. Si possible, faites les captures avant de bloquer le compte suspect. Ne supprimez pas les conversations trop vite.
En cas de fraude financière, contactez rapidement l’opérateur ou le service de paiement concerné par ses canaux officiels pour savoir si une action est encore possible. Si un compte social est compromis, utilisez aussi les procédures de récupération et de signalement de la plateforme.
Signalez l’incident aux autorités compétentes de votre pays. Au Burkina Faso, la plateforme officielle Alerte BCLCC (Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité) permet de signaler des actes de cybercriminalité à l’adresse officielle : alerte.bclcc.gov.bf. Pour toute urgence, vous pouvez les contacter par la ligne téléphonique au +226 25 39 58 42.
Les cyberarnaques modernes reposent souvent sur la manipulation humaine. L’escroc cherche à vous faire agir vite, avant que vous preniez le temps de vérifier.
La meilleure protection consiste à ralentir. Avant de cliquer, d’envoyer de l’argent, de partager un code, d’installer une application ou de diffuser une information, vérifiez la source et croisez les informations.
Que l’on soit au Burkina Faso, en Afrique de l’Ouest ou ailleurs, la prudence numérique est devenue une compétence essentielle. Elle protège votre argent, vos comptes, votre réputation, votre famille et votre activité professionnelle.
Sur internet, la prudence n’est pas de la peur. C’est une forme d’intelligence numérique.